L'échiquier de Punnett : de quelle couleur seront mes chatons ?
Un carré de Punnett (ou échiquier de Punnett, ou tableau de Punnett) est une grille toute simple qui sert à prévoir la robe d'une portée : on place les gamètes du père sur une dimension, ceux de la mère sur l'autre, et chaque case donne un génotype possible des chatons. En comptant les cases, on lit directement les probabilités de chaque couleur. C'est l'outil de base de tout éleveur pour répondre à la question « de quelle couleur seront mes chatons ? ». Cette page est un guide de méthode et d'exemples travaillés : elle vous apprend à construire votre échiquier à la main et à en lire les proportions, gène par gène. Cette page fait partie de notre pilier génétique des couleurs du chat.
Qu'est-ce qu'un carré de Punnett ?
🧬 Une grille de croisement : gamètes des parents en lignes et colonnes, cases = génotypes possibles des chatons.
Chaque parent possède deux allèles pour un gène donné (un sur chaque chromosome) mais ne transmet qu'un seul allèle par gamète (ovule ou spermatozoïde). Le carré de Punnett liste tous les gamètes possibles d'un parent en colonnes, ceux de l'autre en lignes, puis combine chaque paire dans une case.
- Les cases représentent les génotypes possibles des chatons, chacun avec la même probabilité d'apparaître.
- Un carré 2 × 2 (quatre cases) suffit pour un gène à la fois quand chaque parent a deux gamètes possibles.
- On lit ensuite le phénotype (la robe visible) de chaque case, puis on compte les cases identiques pour obtenir les proportions.
- Les proportions valent pour l'ensemble de la portée, en moyenne — pas chaton par chaton (voir plus bas, les limites).
La méthode pas à pas
✅ Quatre étapes, toujours les mêmes, quel que soit le gène.
- Déterminer le génotype des parents. Observez la robe, déduisez les allèles, et tenez compte des éventuels porteurs (un parent peut porter un allèle récessif invisible). En cas de doute, un test ADN tranche.
- Écrire les gamètes de chaque parent. Un parent homozygote (ex.
L/L) ne produit qu'un type de gamète (L) ; un hétérozygote (L/l) en produit deux (Letl), à parts égales. - Croiser dans la grille. Reportez les gamètes du père en colonnes, ceux de la mère en lignes, et remplissez chaque case en combinant les deux allèles.
- Lire les proportions. Comptez les cases par phénotype : c'est la probabilité de chaque robe dans la portée.
Les quatre exemples qui suivent appliquent cette méthode, du cas le plus simple au plus subtil.
Exemple 1 — un gène récessif simple (poil long)
🧬 Croisement de deux parents à poil court tous deux porteurs du poil long : L/l × L/l.
Le gène L de la longueur du poil oppose L (poil court, dominant) à l (poil long, récessif). Deux chats à poil court peuvent donc cacher l'allèle long. Chaque parent L/l produit deux gamètes : L et l.
| L (père) | l (père) | |
|---|---|---|
| L (mère) | L/L → court | L/l → court (porteur) |
| l (mère) | L/l → court (porteur) | l/l → poil long |
➡️ Résultat : 3 chatons à poil court pour 1 à poil long (proportion 3:1). Sur les trois courts, deux sont porteurs (L/l) et un est L/L. C'est le schéma classique d'un gène récessif : il peut « sauter » des générations et réapparaître quand deux porteurs se rencontrent.
Exemple 2 — la dilution (dense × dilué)
🧬 Deux parents de couleur dense tous deux porteurs de la dilution : D/d × D/d.
Le gène D de la dilution oppose D (dense, dominant) à d (dilué, récessif). La dilution éclaircit le pigment : noir → bleu, roux → crème, etc. Un chat dilué est forcément d/d. Croisons deux porteurs D/d :
| D (père) | d (père) | |
|---|---|---|
| D (mère) | D/D → dense | D/d → dense (porteur) |
| d (mère) | D/d → dense (porteur) | d/d → dilué |
➡️ Résultat : 3 chatons denses pour 1 dilué (3:1). Même logique récessive que le poil long : deux parents noirs porteurs peuvent donner un chaton bleu. Le détail des dilués (crème, lilas, fawn, abricot) est traité sur la page dilution et abricot.
Exemple 3 — un gène lié au sexe (le roux)
🧬 Cas particulier : le gène O du roux est porté par le chromosome X, il faut donc faire intervenir le sexe dans l'échiquier.
Croisons un père roux (X^O Y) avec une mère noire (X^o X^o). Le père transmet soit son X^O, soit son Y ; la mère ne transmet que des X^o.
| X^o (mère) | X^o (mère) | |
|---|---|---|
| X^O (père) | X^O X^o → fille écaille | X^O X^o → fille écaille |
| Y (père) | X^o Y → fils non-roux | X^o Y → fils non-roux |
➡️ Résultat : toutes les filles héritent l'X roux du père → elles sont écaille de tortue (tortie) ; tous les fils ne reçoivent leur unique X que de la mère noire → ils sont non-roux. Un piège classique : un père roux ne transmet jamais le roux à ses fils. Pour un gène lié au sexe, l'échiquier intègre le Y du mâle au lieu d'un second allèle.
Exemple 4 — un gène dominant (le blanc)
🧬 Le gène W du blanc dominant oppose W (blanc, dominant et épistatique) à w (non-blanc) : un seul W suffit à rendre le chat blanc.
Croisons un parent blanc hétérozygote (W/w) avec un parent non-blanc (w/w) :
| w (parent non-blanc) | w (parent non-blanc) | |
|---|---|---|
| W (parent blanc) | W/w → chaton blanc | W/w → chaton blanc |
| w (parent blanc) | w/w → chaton coloré | w/w → chaton coloré |
➡️ Résultat : 1 chaton blanc sur 2 en moyenne (1:1). Contrairement à un gène récessif, un caractère dominant ne saute pas de génération : un chaton blanc a forcément au moins un parent blanc.
⚠️ Côté élevage, le blanc s'accompagne d'un risque de surdité chez les sujets aux yeux bleus — détaillé sur la surdité du chat blanc.
Combiner plusieurs gènes
✅ Bon réflexe : traiter un gène à la fois, puis multiplier les probabilités.
La robe d'un chat dépend de plusieurs gènes indépendants (couleur de base, dilution, blanc, tabby, longueur du poil…). Pour prévoir une combinaison, on peut construire un croisement dihybride (grille 4 × 4, seize cases) en combinant les gamètes de deux gènes — mais c'est vite illisible. La méthode d'éleveur est plus simple : on calcule chaque gène séparément, puis on multiplie les probabilités.
- 📊 Exemple : si un croisement donne 3/4 de noir et, indépendamment, 1/4 de dilué, alors la probabilité d'un chaton bleu (noir dilué) est 3/4 × 1/4 = 3/16.
- Voici quelques gènes que vous combinerez le plus souvent dans vos échiquiers :
- Le gène O — chat roux et crème (lié au sexe)
- Le gène D — dilution (bleu, crème, lilas)
- Le gène B — chocolat et cinnamon
- Le gène A — agouti et patrons tabby
- Le gène S — bicolore et panachures blanches
- Le gène L — poil court ou long
Pour le tableau d'ensemble des robes et de leur génétique, voir les couleurs du chat, et pour les patrons argentés smoke et silver (gène I) ainsi que le colourpoint (gène C).
Les limites de l'échiquier de Punnett
⚠️ Une probabilité de portée n'est pas une certitude par chaton.
- Une proportion 3:1 signifie « en moyenne trois quarts / un quart sur un grand nombre de chatons » — pas « exactement 3 chatons court + 1 long » dans une portée de quatre. Une petite portée peut très bien être entièrement d'une seule couleur : le hasard joue à chaque fécondation.
- L'échiquier suppose qu'on connaît le génotype des parents. Or un parent peut être porteur d'un allèle récessif invisible, ce qui change tout le résultat.
- Certains caractères sont polygéniques ou à expression variable : l'intensité d'une couleur, l'étendue exacte du blanc (gène S), ou la nuance des yeux ne se résument pas à une grille. Voir la couleur des yeux du chat.
- 🧬 Pour lever le doute sur un parent porteur, le test ADN identifie précisément le génotype (roux, dilution, chocolat, longueur du poil, colourpoint…) et fiabilise vos prévisions de mariage bien mieux que l'œil seul.
À retenir
- ✅ Le carré de Punnett croise les gamètes des parents : chaque case est un génotype possible des chatons, et on lit les probabilités en comptant les cases.
- ✅ Méthode : génotype des parents → gamètes → croisement → lecture des proportions.
- ✅ Récessif (poil long, dilution) → typiquement 3:1 entre porteurs ; dominant (blanc) → 1:1 ; lié au sexe (roux) → on intègre le chromosome
Ydu mâle. - ✅ Pour plusieurs gènes, traitez-les un à un puis multipliez les probabilités.
- ⚠️ Les proportions valent pour la portée en moyenne, jamais chaton par chaton.
- 🧬 Un doute sur un porteur ? Le test ADN fiabilise la prévision.
Questions fréquentes
Comment savoir de quelle couleur seront mes chatons ?
Déterminez le génotype des deux parents, écrivez leurs gamètes dans un carré de Punnett, croisez-les puis comptez les cases : chaque case donne un génotype possible et sa probabilité dans la portée.
Pourquoi un croisement de deux chats à poil court donne-t-il parfois un chaton à poil long ?
Parce que le poil long est récessif : deux parents à poil court porteurs (L/l) donnent, en moyenne, un chaton l/l à poil long sur quatre.
Le carré de Punnett est-il fiable à 100 % par chaton ?
Non. Il donne des probabilités sur l'ensemble de la portée, pas une garantie par chaton ; une petite portée peut s'écarter nettement des proportions théoriques.